« Une logique basée sur le co-développement »

REACTIONS. Points de vue croisés africains et français à la suite du lancement de la fondation franco-africaine pour la croissance partagée.

« Toute initiative visant le renforcement des talents est très utile à l’Afrique ». Madjiguène Sock, directrice régionale du cabinet de conseil Dalberg à Dakar ne voit pas d’un mauvais œil les récentes initiatives pour redynamiser les liens économiques entre la France et l’Afrique. « C’est une bonne initiative mais avec les relations distendues qu’entretiennent la France et certains pays africains, on espère que ce n’est pas trop tard ». Des relations qui s’appuient désormais sur la société civile en recourant largement à des financements privés ont été mises en avant en février dernier au forum de Paris. « C’est déjà un acquis de voir que ces initiatives ne sont plus exclusivement du ressort des gouvernants, avec la mise en place d’une Fondation qui saurait se saisir des enjeux concrets du développement économique ». Enthousiaste également, l’économiste français Nicolas Baverez juge « la création d’AfricaFrance, basée sur la logique du co-développement, prometteuse parce qu’elle rompt définitivement avec la Françafrique et s’inscrit dans un nouveau cours qui casse le monopole des Etats et des grands groupes. Les relations entre la France et l’Afrique vivent un immense bouleversement. D’abord elles se rééquilibrent, voire s’inversent avec une dynamique qui est de plus en plus favorable à l’Afrique. Il n’existe plus pour la France de pré-carré ou de rente de situation ».

« La coopération franco-africaine peut améliorer tant les facteurs de production que l’environnement de la croissance »

Un nouveau chapitre a commencé à s’ouvrir autour de la croissance partagée, d’un rapport entreprise à entreprise, avec notamment la naissance d’AfricaFrance. Madjiguène Sock croit pourtant qu’il faut« encourager les entreprises françaises à s’ouvrir, et à mieux écouter consommateurs et clients africains. Les entreprises françaises ont tendance à pénétrer les marchés africains avec ce complexe de « celui qui connait », sans tenir compte de l’évolution du consommateur africain ou du contexte. La « chasse gardée » de la France dans des régions entières est finie. N’ayant pas pris la mesure du changement profond à l’œuvre, de trop nombreuses entreprises françaises sont restées fidèles à un vieux modèle où l’ensemble de l’écosystème reste français, des fournisseurs aux distributeurs et conseillers. Les entreprises des pays qui commencent à se faire une place en Afrique y viennent avec un état d’esprit de celui qui doit tout découvrir, et sont donc beaucoup plus à l’écoute des besoins, en intégrant fortement les compétences locales ».

« La France défend ses intérêts et on ne peut pas le lui reprocher »

Présent au forum économique francophone à Dakar en décembre, Nicolas Baverez pense ainsi que « la coopération franco-africaine peut améliorer tant les facteurs de production que l’environnement de la croissance ». Il constate qu’« il existe une formidable demande d’éducation et de formation et la France peut aider à y répondre, notamment avec le développement d’école et d’Universités en ligne. D’autres axes : « les infrastructures dont les insuffisances brident le développement, qu’il s’agisse de transport et de logistique, d’énergie ou de réseaux de communication, les villes, la protection de l’environnement, les technologies de l’information et le numérique ». Et voit la croissance partagée sous cet angle : « D’un côté, l’Afrique est à l’aube de ses Trente Glorieuses ; elle affiche une croissance moyenne de 5,5 % depuis 2000, tirée par la demande intérieure adossée à une classe moyenne de près de 300 millions d’habitants et par le marché qui prend le pas sur les Etats. De l’autre, la France est enfermée dans une longue stagnation, dans le chômage structurel, dans l’affaiblissement de sa compétitivité ».

L’avocat d’affaires sénégalais Abdoullah Cissé est quant à lui plus mitigé : « La France défend ses intérêts et on ne peut pas le lui reprocher. L’Afrique doit également apprendre à défendre au mieux ses intérêts en s’impliquant davantage dans la réflexion stratégique et prospective si elle ne veut pas continuer à être instrumentalisée à des fins qui sont étrangères. Il faut autrement dit que les acteurs économiques africains deviennent de vrais acteurs et non les enjeux des acteurs français, européens, chinois, américains, indiens, turcs, arabes ou autres ».

PROPOS RECUEILLIS PAR LA REDACTION

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