Résistons à la bête immonde

Editorial

C’est une foule de « Charlie » qui s’est recueillie comme un seul homme mercredi soir Place de la République à Paris et partout en France. Une foule sonnée aux visages meurtris qui a répondu spontanément à un appel lancé dans l’après-midi sur les réseaux sociaux.

Pas de mots. Pas assez pour qualifier la barbarie qui a terrassé la rédaction de Charlie Hebdo dans la matinée. Un crime innommable commis contre la liberté fondamentale de ce que l’espèce humaine a de plus profond en elle, sa pensée, et de plus propre, son rire et qui s’est déroulé pour la première fois de l’histoire durant la conférence d’une rédaction.

« On a tué Charlie » ont crié les bouchers après leur massacre. On a voulu tuer un journal ! Depuis plusieurs mois, l’équipe de Charlie Hebdo se battait durement pour assurer la survie d’un titre lourdement touché par la crise de la presse écrite. Crise qui frappe encore plus fortement les organes indépendants, d’opinions, pieds de nez à toutes les formes de pouvoirs et de morales, ces derniers havres qui placent la liberté d’expression et de création de l’être humain avant toute autre exigence. Quelque en fût le prix.

Rétif par principe à toute forme d’autorité et de croyance, dans cette période de passion, de haine, de nihilisme et de rejet de l’autre exacerbés par de nouveaux prédicateurs et de nouveaux mouvements, Charlie Hebdo était encore plus insolent, plus turbulent, plus utile que jamais.
L’équipe de Charlie Hebdo était le symbole de notre liberté à tous, celle, ultime, qu’il nous reste lorsque nous sommes dans les chaînes, celle qui ne répondra jamais à aucune injonction de baisser la tête.

Touchés nous le sommes donc tous, car comme nos confrères assassinés, nous mettons la liberté d’informer, d’enquêter, d’approfondir, de poser des questions, de ne pas se résigner à un état de fait, de provoquer les consciences, d’aller à contre-courant, là où il ne s’agit pas de nous attendre, au risque de déranger qui de droit, au fondement même de nos aspirations, de notre raison d’être.

Alors que depuis le début des années 2000, le monde est en proie à de très nombreux conflits, crises et tensions, nous serons sans relâche de tous les combats qui s’imposent contre tous les fanatismes et fascismes ici et ailleurs pour faire triompher la liberté, la paix, l’intelligence et la culture.

Alors qu’aucun pouce de terrain ne doit être cédé aux ennemis de la liberté, Dialogues des Continents se joint à l’hommage mondial et à ceux qui se battent pour le triomphe d’une seule croyance et d’un seul idéal, l’humanité.

LA REDACTION

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