Proche-Orient : l’accès à l’eau comme un droit humain inaliénable

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DEBATS. Ministres et maires israéliens, palestiniens et jordaniens étaient invités à discuter au Sénat le 20 juin des coopérations en matière d’eau, d’énergie et d’environnement. Si les besoins en eau des populations sont réels et si les coopérations apparaissent de plus en plus comme nécessaires pour la santé et l’agriculture, le politique a vite repris ses droits.

Il était tout d’abord question de l’eau en ouverture de la journée « Au-delà des frontières, les partenariats européens par ceux qui les font » organisée au Sénat à l’initiative de l’Union pour la Méditerranée et du Forum international pour la Paix.

Partenariats, gestion des ressources, environnement … La photo était belle réunissant à une même table ministres et personnalités israéliens, palestiniens, jordaniens, égyptiens, européens et maghrébins. Ouvrant le ban, le ministre israélien de l’Environnement Amir Peretz a très vite planté le décor. S’il a exprimé le désir d’une région de paix et de prospérité, il a ensuite vivement condamné le kidnapping de trois élèves israéliens et l’alliance entre le Fatah et le Hamas « déstabilisatrice et compromettante pour la paix ».

A quelques sièges de son homologue palestinien, l’entrée en matière au ton très politique était plutôt inattendue, Néanmoins, il l’affirme : « J’ai choisi la voie de la coopération face à la guerre. Ma proposition est de concrétiser des partenariats opérationnels et des projets qui permettent de transformer la situation en paix, en mettant en œuvre une égalité économique et sociale, notre lutte contre la pollution doit se traduire en bénéfices économiques » évoquant le savoir-faire hydro-technologique de son pays et le besoin de réhabiliter la partie Nord du Jourdain. La tension était toujours palpable. Rapport de force diplomatique alors que les négociations sont dans une impasse ?

Eaux usées
Reprenant la balle au bond, le ministre palestinien de l’Eau Shaddad al Attili réagit en préambule à l’intervention de son homologue. « Le premier ministre Abbas a condamné le rapt des otages et le terrorisme mais il faut également mettre fin à l’occupation des colonies. Nous n’arrivons pas à régler le problème de l’eau à cause de l’occupation. Il faut appliquer les règles internationales, il y a 16 millions de mètres cube d’eaux usées en Palestine ».

Son ton monte, alliant le geste à la parole, brandissant le verre d’eau devant lui, il dit : « L’eau est fondamentale pour tous, Gaza n’y a pas accès à cause de la pénurie de l’électricité, nous voulons 3 mégawatts que nous refusent les Israéliens pour une usine de retraitement qui a coûté 100 millions de dollars à la communauté internationale »,concluant que, « c’est la politique qui a tué l’Union pour la Méditerranée ».

 

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Vice-premier ministre israélien avec le portefeuille de la coopération régionale, Sylvan Shalom n’éteint pas la polémique allumée et fait se lever et s’en aller avec fracas la délégation palestinienne de la salle faisant le lien entre les enlèvements perpétrés supposément par un Hamas maintenant allié de gouvernement de Mahmoud Abbas. Comme une illustration de l’équilibre fragile que connaît le processus euro-méditerranéen depuis sa relance en 2008 et de partenariats économiques suspendus aux aléas des tractations israélo-palestiniennes.

Soufflant le chaud et le froid, il estime pourtant que « la coopération est nécessaire entre Israël et le monde arabe et musulman, nous allons régler le problème de l’eau entre Israéliens, Palestiniens et Jordaniens en pompant 200 millions de mètres cube vers la Mer Morte depuis la Mer Rouge et en entamant d’autres coopérations dans les stations électriques et les transports d’électricité dans les villes sous contrôle palestinien ».

PENTAX DIGITAL CAMERA« Abandonner la dimension politique »

Comme un condensé et un instantané des tensions qui animent aujourd’hui l’espace méditerranéen, au sein du Proche-Orient et du monde arabe, mais également des forces qui poussent en faveur de coopérations étendues pour répondre aux besoins des populations notamment en matière d’eau, d’énergie, d’agriculture.

Suliman al Assa est le maire d’Obadiyah en Palestine, 15 000 habitants, près de Jérusalem, il évoque les 15 000 mètres cube d’eaux usées qui constituent un danger pour la santé de la population et une menace pour l’agriculture. Il se fait d’ailleurs un point d’honneur à transformer la question politique en question de santé publique. « Nous vous invitons à contribuer à trouver une solution. Ceci nécessite l’appui et le financement pour créer le réseau d’assainissement, le retraitement des eaux usées et un centre d’assainissement pour développer le secteur de l’agriculture ».

Sur la même longueur d’ondes que son voisin de table palestinien, le gouverneur israélien de la région de Tamar (sur la mer morte) Dov Litvinov, 320 000 habitants, parle des 35 000 mètres cube d’eaux usées passant par le fleuve Kidron (il a sa source à Jérusalem-Est, ndlr) qui se déversent dans la Mer Morte. « La proposition faite aux décideurs de construire un prototype (par Miguel Moratinos, ancien ministre espagnol des Affaires Etrangères), un projet conjoint israélo-palestinien a reçu un accueil favorable, nous devons mettre sur pied dès à présent une équipe de collaborateurs des deux parties, nous ne devons pas savoir ce que la paix peut faire pour nous mais ce que nous pouvons faire pour la paix».

 

INTERVIEWS

Les réactions du gouverneur de la Région de la Mer Morte       Dov Litvinov : <<Si nous travaillons ensemble, nous pouvons réussir>>

Les réactions du président de l’IPEMED                                          Jean-Louis Guigou : « Il ne faut pas commencer par le haut mais par les projets »

 

Au tour du ministre jordanien de l’Eau Hazem al Nasser de conclure : « en coopération régionale, il n’y a pour l’instant rien de concret, aucune discussion de ce matin n’a généré une goutte d’eau supplémentaire. Nous avons 24 heures d’eau par semaine en Jordanie. Si nous traitons de la coopération, nous devons abandonner la dimension politique. Si le projet Mer Morte-Mer rouge n’arrive pas à terme, rien ne sera réglé dans l’énergie, dans l’agriculture. Nous devons envisager l’eau comme un droit humain, nous pouvons mettre en place davantage de projets régionaux. Dans notre région, eau, paix et sécurité sont à mettre en lien ».
Jusqu’où les coopérations peuvent-elles outrepasser les rapports de force politiques ?
Rémy Darras

 

 

ARCHIVES

En janvier dernier, Ofer Bronchtein et Gilbert Benhayoun faisaient le point à Marseille sur le processus de paix

ENTRE ISRAELIENS ET PALESTINIENS, DES SIGNES TANGIBLES D’UN ACCORD DE PAIX ET SES CONDITIONS

 

 

 

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