Jean Philippe Prosper : « Nous investissons un milliard de dollars par an dans l’énergie en Afrique »

EXCLUSIF. De retour du sommet USA-Afrique de Washington, Jean Philippe Prosper, vice-président Afrique-Amérique Latine-Caraïbes de la Société Financière Internationale (Groupe Banque Mondiale) a tenu à évoquer pour « Dialogues des Continents » les différents engagements de son institution en faveur de la réduction de la pauvreté, du développement du secteur privé en Afrique et de l’électrification du continent. Des objectifs liés.

De retour de Washington, Jean Philippe Prosper, vice-président Afrique-Amérique Latine-Caraïbes de la Société Financière Internationale (Groupe Banque Mondiale) était le 18 août dernier de passage à Paris pour évoquer l’action en matière de développement et de réduction de la pauvreté de son institution.

L’urgence tout d’abord de lutter contre la propagation du virus Ebola : « Il faut mettre en place en Afrique des systèmes de santé qui permettent de faire face à ce genre de situations en finançant des infrastructures sanitaires » relève M. Prosper. Sa banque fournira ainsi une aide de 200 millions de dollars qui iront en priorité à l’achat de matériel médical, au paiement du personnel soignant ainsi qu’à la mise en place de laboratoires dans les régions touchées.

Un milliard de dollars par an dans l’énergie

Une action importante qui s’est traduite quelques jours plus tôt dans la capitale fédérale américaine lors du sommet Afrique-USA durant lequel la Banque Mondiale a annoncé engager 5 milliards de dollars dans le cadre du plan d’électrification du continent africain de 24 milliards « Power Africa » défendu par le président Barack Obama.
Certes le plan de Barack Obama ne délivrera de l’électricité qu’à 6 pays (Ethiopie, Ghana, Kenya, Liberia, Nigeria et Tanzanie) soit 60 millions d’habitants, 37% du continent. Mais l’action de la Banque Mondiale va bien au-delà.

La SFI investit désormais un milliard par an dans le secteur énergétique depuis deux ans, un engagement multiplié par 5 ou 10 par rapport à il y a trois ans (100 à 200 millions alors), tient à nous dire M. Prosper. Et de détailler les secteurs : « En Côte d’Ivoire sur les 18 derniers mois, la SFI a investi près d’un milliard de dollars dans l’énergie. Nous essayons de nous développer dans des pays comme le Mali ou le Bénin et investissons en Guinée dans le projet d’extraction de minerai de fer Simandou à 20 milliards. Nous avons d’autres projets thermiques comme Cyprel, Oasito en Côte d’Ivoire, Fica au Kenya … .».

Si la SFI fait du « Heavy Fuel Oil » en Mauritanie avec la capacité de conversion en gaz naturel, elle entend miser en priorité sur les énergies renouvelables : hydroélectricité (en Ouganda), éolien et enfin solaire (auparavant en Afrique du Sud et désormais au Mali et au Burkina Faso). Jean Philippe Prosper a également tenu à rassurer sur la poursuite du financement du barrage d’Inga III en République Démocratique du Congo (RDC), qui semblait un moment compromis suite à un blocage institutionnel interne au Congrès américain. Ce barrage d’une capacité de 40 000 mégawatts sur le puissant fleuve Congo qui est le plus grand site de ce type au monde et dont le développement pourrait en faire la source d’énergie renouvelable la moins chère et la plus propre au monde.

Il faut signaler que les deux-tiers de la population du continent vivent sans courant, soit 600 millions d’individus. L’Afrique produit autant d’électricité que l’Espagne ou la Corée du Sud pour une population vingt fois supérieure … Ce alors que le potentiel hydro-électrique, géothermique, éolien et solaire est parmi les plus importants de la planète.

Les investissements de Power Africa et de la Banque Mondiale sont-ils pour autant suffisants alors que la population africaine est appelée à doubler d’ici 2050 ? Une étude de l’Agence Internationale de l’Energie fixe à 300 milliards de dollars le montant nécessaire pour une électrification universelle du continent d’ici 2030.

« Effet démonstratif »

Jean Philippe Prosper veut croire que quand les investissements démontreront leurs effets, « quand l’on verra ce qui se fait », cela appellera d’autres investisseurs privés à venir s’engager plus avant. Branche de soutien au secteur privé du groupe de la Banque Mondiale, la SFI ne finance des grandes entreprises qu’eu égard aux conséquences qu’elles auront sur le tissu de PME qui pourront les aider en retour et sur la création d’emplois qui s’ensuivra. Ce que M. Prosper nomme « une chaîne de valeurs ».

Elle met également en place un « cadre régulateur » là où il est inexistant, défaillant, pour aider le secteur privé à intervenir. « Dans nos projets, poursuit-il, nous portons toujours l’accent sur les PME. 90% des emplois dans les pays en développement sont d’ailleurs créées par des PME ». Se posant cette question : « L’entreprise que nous aidons représente-t-elle un marché potentiel pour les petites entreprises locales qui n’arrivent pas forcément à exporter ? ». Et de décrire l’impact que pourrait avoir un projet sur le développement de tout un territoire, en Guinée par exemple, l’un des pays les plus pauvres au monde. « Pour le projet Simandou, il faut extraire le minerai de fer, construire une voie ferrée pour le transporter, l’exporter, cela exige d’avoir un port en eau profonde. L’impact sera majeur sur l’agriculture, sur les terres fertiles, sur tout le parcours du chemin de fer … ».

Subventions

Ces investissements seront-ils néanmoins une garantie d’un prix accessible pour les populations, car il faut savoir que 85% des ruraux n’ont pas accès à l’électricité et qu’en général les foyers doivent payer trois fois le tarif appliqué aux Etats-Unis et en Europe ? Le vice-président de la SFI envisage des subventions et décrit sa méthode. « En imaginant que la population rurale ne puisse pas payer plus de 8 centimes par kilowatt/heure pour un projet à 30 millions de dollars rentable avec une électricité vendue à 15 centimes. Quel est donc le coût du projet pour qu’elle soit rentable en étant vendue 8 centimes ? Une subvention initiale pour les premiers 15 millions sera trouvée, 15 millions viendront d’un investisseur privé, ce qui permettra de maintenir des mécanismes de marché, d’avoir un système rentable pour le secteur privé avec un coût final de 8 centimes pour le consommateur ».

Jean-Philippe Prosper rappelant enfin que si la mission de son institution est la réduction de la pauvreté une autre est d’en assurer les moyens via le financement de projets viables.« On ne peut pas dissocier faire du profit et du développement. Imaginons qu’en tant qu’institution nous soyons déficitaires, comment se consacrer ensuite au développement ? »

REMY DARRAS

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