Politique, social et économie : au rendez-vous des projets

DEBATS. Rencontre au Sénat le 20 juin dernier autour d’acteurs politiques, économiques et culturels du bassin méditerranéen.

Débats riches et intenses ce vendredi 20 juin au Palais du Luxembourg à l’occasion de la journée « Au-delà des frontières : les partenariats euro-méditerranéens par ceux qui les font » à l’invitation du secrétariat de l’Union Pour la Méditerranée (UPM) et du Forum international pour la Paix, initié par l’ancien conseiller de Yitzakh Rabin Ofer Bronchtein et l’ancien secrétaire d’Etat palestinien Anis El-Qaq.

De nombreux acteurs politiques, diplomatiques, économiques et culturels du bassin méditerranéen avaient répondu présent pour discuter eau, énergie, environnement, industrie, entrepreneuriat, emploi, financement mais aussi jeunesse, femmes, culture, éducation, formations.

Projets
C’est bien la Méditerranée des « projets » qui s’était donné rendez-vous, puisqu’une large tribune a été accordée aux chefs de projets économiques, entrepreneuriaux sur lesquels compte désormais la coopération euro-méditerranéenne pour se relancer et aux nouveaux outils qui pourraient assurer une meilleure coordination des acteurs. Mais la discussion a, dès l’entame, très vite tourné à la bataille politique et diplomatique, sur fond de conflit israélo-palestinien au point de cristalliser et de polariser une grande part du rendez-vous avant que la pression ne retombe.
Puis reprenne. Ce qui a fait dire à un modérateur que le repas du midi avait dû être sans doute trop épicé pour que les esprits s’échauffent autant. Si la matinée a vu se confronter les points de vue des ministres israéliens et palestiniens à propos de la réconciliation Fatah-Hamas et de l’enlèvement de trois jeunes israéliens (tués depuis), l’après-midi a vu s’affronter plus violemment l’ancien secrétaire général de la Ligue Arabe Amr Moussa et la prix Nobel de la paix 2011, la yéménite Tawakhol Karman (membre d’un parti islamique) autour du printemps égyptien et de l’époque Moubarak.

Comme un condensé des tensions qui animent aujourd’hui l’espace méditerranéen, au sein du Proche-Orient et du monde arabe, mais également des forces qui poussent en faveur de coopérations étendues pour répondre aux besoins des populations.

Tensions
Comme un condensé des tensions qui animent aujourd’hui l’espace méditerranéen, au sein du Proche-Orient et du monde arabe, mais également des forces qui poussent en faveur de coopérations étendues pour répondre aux besoins des populations notamment en matière d’eau, d’énergie, d’agriculture. L’attribution des 3 mégawatts supplémentaires aux Palestiniens par les Israéliens pour le fonctionnement d’une usine de retraitement à Gaza a été un des points majeurs du débat. Malgré la fermeté de leurs propos ramenant au politique, les ministres israéliens et palestiniens ont également tenu à affirmer leur engagement en faveur de la coopération tout en suspendant cette dernière à l’obtention d’un règlement politique. Quand des élus locaux israéliens et palestiniens rappelaient qu’en la matière nécessité de travailler ensemble faisait loi et qu’il était question de santé publique et d’environnement. Si des besoins essentiels s’affirment et des échanges se tissent passant au travers des mailles des rapports de force politiques, ils ne peuvent passer outre. Equation difficile.

« Communauté de destin »
L’Union pour la Méditerranée n’est donc pas qu’une affaire d’Etats, l’échec de l’initiative de 2008 qui avait réuni 43 pays l’a montré. Elle est aussi voire surtout l’affaire des populations. Par ailleurs, les sociétés civiles et la jeunesse ont pour une part montré durant les printemps arabes leurs aspirations à une vie meilleure et au changement.Répondre aux besoins des populations en matière d’alimentation, d’emploi, d’éducation, de santé et d’environnement en faisant des échanges économiques des bénéfices partagés au Sud et au Nord est devenue une nécessité et aussi le meilleur rempart contre la guerre et l’actuelle montée des extrémismes politiques et des conflits religieux. Ces besoins essentiels ne font pas de différences entre musulmans, chiites ou sunnites, juifs ou chrétiens, israéliens, palestiniens, libanais, jordaniens. Reste donc à partir de cette communauté de besoins pour bâtir une communauté de destin.

Rémy Darras

 

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