Des moyens publics pour électrifier l’Afrique

LE FAIT. L’ancien ministre Jean-Louis Borloo a annoncé mardi vouloir mobiliser 200 milliards d’euros pour électrifier le continent africain sur lequel près de 70% de la population vivent sans électricité.


« Lénine disait que l’URSS, c’était les soviets plus l’électricité, Chou-En-Laï qu’il fallait électrifier 100 communes par jour ». Connaissant décidément bien ses classiques, l’ancien ministre Jean-Louis Borloo a exposé ce mardi à l’hôtel Marigny, dépendance de l’Elysée, la philosophie de sa fondation « Energies pour l’Afrique » autour d’un parterre fourni composé d’ambassadeurs africains, des présidents des deux chambres, de Pierre Gattaz, de la maire de Paris Anne Hidalgo, du banquier d’affaires franco-béninois Lionel Zinsou, de présidents du CAC 40. Assemblée à laquelle s’est adressé ensuite le président Hollande.

Situation intenable

Après une tournée effectuée ces derniers mois sur le terrain auprès de 33 chefs d’Etat du continent avec dans le viseur le sommet de Paris de fin d’année consacré au climat, c’est en montrant une carte d’une Europe éclairée et une Afrique subsaharienne quasiment dans le noir que Jean-Louis Borloo a débuté son constat. « La situation est intenable, l’Afrique est notre plus grande chance mais c’est aussi notre plus grand risque. L’électrification du continent africain est le préalable à l’agriculture, à la santé, à l’eau potable, à l’emploi sur un continent de 500 millions d’africains qui comportera 2 milliards d’habitants. Une mère sur quatre a accès à l’énergie ».

« Il n’y a qu’un pas de l’obscurité à l’obscurantisme et la Méditerranée ne doit pas devenir le cimetière du monde. Cette détresse, c’est le départ vers la lumière »

Rappelant que 25% seulement de la population en Afrique subsaharienne est éclairée, il poursuit en démontrant les conséquences sur le plan climatique et humain avec des réfugiés de plus en plus nombreux et la radicalisation qui s’ensuit de la pauvreté. « Il n’y a qu’un pas de l’obscurité à l’obscurantisme et la Méditerranée ne doit pas devenir le cimetière du monde. Cette détresse, c’est le départ vers la lumière. Un milliard de plus à nourrir, loger, éduquer, cela ne va pas bien se passer ». Et d’insister sur la nécessité de développer des infrastructures en promouvant un grand plan Marshall énergétique « vital pour la croissance et la sécurité » alors qu’il y a désormais 28 villes de plus d’un million d’habitants contre une seule il y a vingt ans.

50 milliards

Celui qui avait déjà initié en 2010 le projet de réseau électrique sous la Méditerranée Transgreen, pour acheminer vers la rive nord l’électricité produite au sud, ne croit pourtant qu’en une action des pouvoirs publics et non du marché, à l’instar de ce qui s’est fait en France après-guerre, pour développer l’énergie sur le continent africain et appelle ainsi à mettre en place d’ici le 30 juin une agence dédiée. Le père du Grenelle de l’Environnement compte ainsi mobiliser 50 milliards d’euros d’aide publique internationale pour l’électrification du continent qui feront effet de levier sur le secteur privé. 4 à 5 milliards par an. « Une blague » précise-t-il. « Ce n’est pas compliqué d’équiper ». Selon une étude de l’Agence internationale de l’Energie de 2013, 300 milliards de dollars seraient nécessaires d’ici 2030 pour une électrification universelle du continent.

Il s’agira aussi de mettre fin à l’éparpillement des initiatives multilatérales qui ne permettent pas de développer une action pérenne. « L’on peut mettre en place de petits programmes, l’énergie solaire, la géothermie, l’hydro-électricité sont les moins chères à produire au monde ». 

Argent public

« Nous devons trouver la relation entre énergie et développement »

Pour l’expert en question énergétique Pierre Radanne interrogé à l’issue de cette réunion : « il y a eu une énorme erreur commise depuis les années 60 par le FMI et la Banque Mondiale, c’est de ne pas avoir compris que l’énergie est la clé de développement de l’agriculture, c’est cela qu’il faut réparer. Alors que les réseaux électriques n’étaient pas mûrs, la Banque Mondiale a exigé que les Etats africains libéralisent les compagnies, les asphyxiant ainsi financièrement. Pour faire marcher une voiture, il faut un moteur et un démarreur, là il faut de l’argent public et de l’argent privé. Nous devons trouver la relation entre énergie et développement. A partir du moment où l’on donne à un village un accès à l’énergie, les investissements vont générer des revenus. Cela met en route la machine du développement ».

Tâche ardue, il reste donc à l’ancien leader centriste à réunir des fonds à la hauteur des ambitions et du potentiel énergétique du continent, l’un des plus importants au monde.

 

Rémy Darras

 

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REACTION.

Le président François Hollande est venu clore mardi midi à l’hôtel Marigny, résidence des chefs d’Etat étrangers, la séance de présentation de la fondation de l’ancien ministre de la décennie Chirac-Sarkozy Jean-Louis Borloo. S’exprimant après la maire de Paris Anne Hidalgo qui recevra le 17 avril des maires africains à propos du climat, le président a loué l’Afrique « continent d’avenir » évoquant le boom urbain et des télécommunications en souhaitant que « l’énergie consommée soit le plus conforme à nos engagements pour la planète ». Et de conclure que « l’originalité de la démarche était d’avoir une fondation appuyée par l’Etat et les opérateurs publics internationaux qui doit recevoir une condition impérieuse : l’accord des pays africains ».

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