Luc Granger : « On ne crée pas d’emplois sans investissements »

INTERVIEW. Cofondateur d’Intuitae, Luc Granger nous décrit son activité de conseil de grandes fortunes familiales.

 

DIALOGUES DES CONTINENTS : Pourriez-vous nous présenter vos activités ?
LUC GRANGER : On est un multi « family office », c’est l’ensemble des conseils et services qui sont donnés à des familles fortunées, nous ne sommes pas dédiés à une seule famille mais à plusieurs.

Que proposez-vous aux familles ?
Ce que les familles recherchent d’abord c’est un accompagnement global. Avoir une fortune importante est complexe car il faut faire la synthèse entre les contraintes juridiques, fiscales, les contraintes d’investissement, de transmission, de famille. Le financement des budgets de dépenses et d’investissements, qui pouvait se faire auparavant avec le bon sens du pater familias est aujourd’hui quasiment impossible. On apporte un service de consolidation des actifs et des passifs, une vision mensuelle de tous les éléments du patrimoine. C’est un travail de comptable et d’analyste, on apporte une activité de conseil en investissement, nous conseillons les clients dans leurs placements financiers, immobiliers, dans les sociétés. Nous fournissons un accompagnement fiscal et juridique, une assistance administrative et ce dans différents pays.

Quel est le niveau des fortunes que vous gérez habituellement ?
C’est à partir d’une vingtaine de millions d’euros jusqu’à 400 à 500 millions d’euros
Vous avez donc une mission de conseil et non de placement ?
Nous n’avons pas d’agrément de gestion, notre métier n’est pas de fournir le service de gestion, c’est de fournir le service de conseil en investissement, cela signifie que notre métier consiste à choisir la société de gestion qui va faire les investissements pour le compte du client, assurer un suivi objectif, en terme de risque.

D’où proviennent ces fortunes ?
A 80%, ce sont des entrepreneurs qui ont vendu leurs entreprises et à 20% les héritiers de ces mêmes entrepreneurs.
Vous conseillez plutôt d’investir dans des placements ou dans l’outil productif ?
Tout est ouvert, nous n’avons pas d’a priori. Il y a toujours une partie du stock qui reste en épargne financière, pour financer les impôts et le train de vie, et avec le solde, avec une attente de liquidité moindre, on peut investir dans des projets immobiliers ou dans des placements à risque.

Faites-vous également ce que l’on appelle de l’optimisation fiscale ?
Je déteste le terme. On est libre dans tous les pays dans lesquels on exerce de choisir la voie la moins imposée tout en respectant parfaitement la législation. Si choisir la voie la moins imposée, c’est faire de l’optimisation, alors oui nous en faisons. Notre métier impose une rigueur absolue dans le respect de la règle. Au-delà de l’imposition, les familles recherchent la sécurité.
Trouvez-vous qu’il y a trop d’impôts en France ?
Oui, il y a trop d’impôts sur la petite entreprise et sur les entrepreneurs. Ceux qui veulent investir dans l’économie, dans l’entreprise et prendre des risques sont particulièrement maltraités.

Que vous inspire le fait que 340 multinationales aient échappé à l’impôt au Luxembourg ?
C’est ce que je viens de dire. J’ai parlé à dessein des petites et moyens entreprises. Les grands groupes peuvent avec les moyens légaux ne pas être imposés au même taux que les PME. L’Etat luxembourgeois a donné son accord à des entreprises, ce type de schémas n’est pas disponible et trop risqué pour les petites entreprises. Quand les règles fiscales sont trop contraignantes, certains peuvent les contourner, d’autres doivent subir de plein fouet les conséquences.
On est actuellement selon vous dans une phase d’accumulation du capital sans création d’activités ?
On ne peut pas faire d’accumulation de capital sans prise de risque. Aujourd’hui sur le territoire français, on est en « désaccumulation de capital », la traduction médiatique est la baisse des fonds propres des entreprises, la baisse des investissements immobiliers. C’est une phase de décapitalisation.

Où sont partis les capitaux ?
Les capitaux étrangers se dirigent dans d’autres pays, comme l’Angleterre, dans les pays émergents, ils se réallouent sur les zones géographiques les plus porteuses. Ne pas investir ne crée pas d’outil productif, on voit bien le cercle vertueux : investissement, création d’un outil industriel, embauches … on voit bien que l’on ne peut pas créer d’emplois. Sur les entreprises qui marchent, l’évolution de leur chiffre d’affaires et de leurs emplois français, on constatera que même les entreprises qui marchent ne créent pas des emplois en France à proportion de leur activité économique. Des entrepreneurs réduisent leurs activités.

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