Hervé Bourges : « En se battant pour le Français, on se bat pour le multiculturalisme »

INTERVIEW. L’ancien président de TF1, RFI, RMC, France Télévisions et du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, intime connaisseur de l’Afrique, a publié en mars dernier un plaidoyer optimiste en faveur du Français et de la Francophonie : Pardon my french. La langue française, un enjeu du XXIème siècle (Karthala). Alors que s’ouvre à Dakar le XVème Sommet de la Francophonie, il livre son constat et ses espoirs.

 

 

REMISE DU RAPPORT DE LA DIVERSITE AU MINISTERE DE LA CULTUREDIALOGUES DES CONTINENTS : Vous avez sorti il y  a quelques mois un ouvrage sur la francophonie, quels constats faites-vous ?

HERVE BOURGES : Mon livre porte sur la langue française et sur la Francophonie. La langue française est notre langue maternelle, la langue identitaire de tous les français, mais c’est aussi une langue que l’on a imposé à beaucoup par le colonialisme. Les francophones sont aujourd’hui nombreux dans le monde, 300 millions, et avec la démographie galopante de l’Afrique, ils seront vraisemblablement en 2050 près d’un milliard, ce qui est considérable. Je constate cette envolée de la Francophonie mais aussi que la langue française est aujourd’hui une des langues très pratiqués à côté de l’anglais –  l’espagnol progresse à grand pas et le mandarin sera probablement la première langue internationale dans quelques années. Le Français se développe donc. On constate malheureusement qu’en France, cette langue est négligée, dans les médias, dans l’administration, dans l’Education Nationale, dans les ministères, dans les entreprises … Je dirais qu’il y a un snobisme de la langue française, l’on dit d’elle que c’est une langue de la Cour, une langue ancienne, de la royauté puis de la bourgeoisie. Ce n’est pas vrai, c’est une langue populaire, c’est une langue qui se répand et qui est riche sur le plan culturel, qui ne se contente pas d’être un moyen de communication mais qui porte des valeurs dans lesquels se reconnaissent un certain nombre de gens et puis c’est une langue qui contrairement à ce que beaucoup de gens croient, dans la révolution d’aujourd’hui, avec la mondialisation, va compter sur le plan économique, elle permet de nombreuses relations entrepreneuriales,

Quel peut donc être le rôle de la « Francophonie économique » à laquelle vous faites allusion ?

Dans un certain nombre de pays importants mais non francophones, en Amérique Latine, en Asie, en Afrique, on se rend compte que pour faire de l’économie, on doit utiliser la langue française. Les francophones dans les pays émergents se situent dans des pays qui vont compter économiquement.

Quelles valeurs particulières véhicule selon vous la francophonie à travers le monde ?

Ce sont les valeurs de liberté, de droits de l’homme, bafouées quelques fois, l’ouverture sur les autres, le refus de la langue unique. En se battant pour le Français, on se bat pour le multiculturalisme, on se retrouve autour de cette langue. Je cite souvent deux exemples. L’un c’est l’algérien Kateb Yacine qui est un très grand écrivain, qui dit que « c’est un butin de guerre ». Cette langue, nous nous la sommes appropriée, c’est une langue riche qui permet de nous exprimer et de mieux nous faire connaître. Puis il y a le grand poète et écrivain roumain Cioran, qui dit « ma patrie, c’est la langue française ».

Propos recueillis par Rémy Darras

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