Entre Israéliens et Palestiniens, des signes tangibles d’un accord de paix et ses conditions

DEBATS. Lors d’une rencontre organisée à Marseille, Ofer Bronchtein, président du Forum pour la Paix et Gilbert Benhayoun, économiste du Groupe d’Aix, promoteur de la Feuille de route économique du processus de paix, ont fait le point sur la situation au Proche-Orient alors que se poursuivent les négociations entre Israéliens et Palestiniens. Points de vue.

« Le printemps arabe est rentré dans un hiver. Des changements radicaux ont lieu dans la région qui n’ont rien à voir avec le processus israélo-palestinien ». L’ancien conseiller du premier ministre israélien Yitzhak Rabin, Ofer Bronchtein, était le 20 janvier dernier en visite à Marseille pour l’ouverture du bureau phocéen du Forum International pour la Paix qu’il préside.

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Ofer Bronchtein, président du Forum international pour la Paix et l’économiste Gilbert Benhayoun, du Groupe d’Aix, le 20 janvier dernier à Marseille.

L’occasion pour le négociateur des Accords d’Oslo de 1993 de rencontres avec les principales personnalités politiques de la Ville, de la Région et du monde économique.

L’occasion de faire ensuite un point sur la situation au Proche-Orient sur fond des négociations en cours en compagnie de l’économiste et président du Groupe d’Aix Gilbert Benhayoun, en charge de la Feuille de route économique du processus de paix. Et donc de parler de la paix, de son cheminement, de ses conditions.

TERRAIN FAVORABLE

«Optimiste pathologique » quant à l’issue du processus entamé depuis juillet dernier, Ofer Bronchtein décrit devant l’assemblée réunie un contexte favorable à un rapprochement israélo-palestinien. .L’affaiblissement des Frères Musulmans en Egypte et donc du Hamas à Gaza. Une évolution des rapports avec l’Iran, une alliance tacite d’Israël avec les pays sunnites, soulignant que quel que soit l’accord, il sera soutenu par la Ligue Arabe, par les Saoudiens et les Egyptiens qui supportent Abbas, comme a pu le laisser entendre la récente réunion du Comité Al-Qods à Marrakech …

Une évolution du climat qui se fait également dans les mentalités. L’économiste relève les récentes prises de parti de grands intellectuels égyptiens appelant à « cesser de diaboliser les Juifs », relayé par Ofer Bronchtein rappelant l’émergence des sociétés civiles dans le monde arabe : « Les peuples arabes ont montré qu’ils aspiraient à autre chose durant leur Printemps et qu’Israël ne pouvait pas être la cause de tout ».

Aussi « Lieberman (ministre israélien des Affaires Etrangères) a mis beaucoup d’eau dans son vin. Les propositions américaines ne sont pas très loin de ce qu’Israël pourrait accepter ».

PARAMETRES

« Parce qu’il y a ces changements radicaux d’une part, il y a un besoin d’apaisement de l’autre ». De plus, « on connaît déjà les paramètres d’une solution israélo-palestinienne ». Le cadre est connu mais les négociations s’attardent sur les détails. Des paramètres de l’accord de paix qu’énonce le Professeur Benhayoun. « L’accord tacite dit que 80% des colonies feront partie d’Israël, 6 ou 7% du territoire d’Israël seront échangés, en partie dans le nord. Beaucoup de projets de construction par les Israéliens sont des effets d’annonce et touchent à des enjeux de politique intérieure. Concernant les colonisations à l’œuvre, il faut distinguer sans amalgame ces constructions qui feront partie du futur bloc qui restera en Israël (Maale Adomim), de celles construites en dehors qui seront évacuées ». S’arrêtant également sur les conséquences humaines de ces futures expulsions.

Gilbert Benhayoun, économiste du Groupe d'Aix

Gilbert Benhayoun, économiste du Groupe d’Aix

Vient ensuite sur la table la question des réfugiés, dont – cas unique au monde -, le statut est héréditaire. « Ils étaient 720.000 en 1948, près de 5 millions aujourd’hui. Ils pourraient choisir entre 5 possibilités (paramètres établis par Clinton) : rester là où ils sont, au Liban, où la plupart n’ont pas le droit de travailler, en Syrie, en Jordanie, à Gaza (qui accueille 70% des réfugiés). Aller dans un pays tiers (à condition que ce pays accepte), dans les territoires échangés, dans le futur Etat palestinien voire en Israël ». Un sondage cité par l’économiste révèle que 700.000 réfugiés souhaiteraient s’établir en Palestine.

Le Groupe d’Aix a émis la proposition que chaque réfugié palestinien ne choisisse pas mais classe les différentes possibilités selon sa préférence et que soit créée une agence chargée de les indemniser. Le montant devrait s’élever aux alentours de 85 milliards de dollars sur une période de dix ans. Une Commission d’arbitrage a été imaginée pour concilier le droit individuel et le droit de chaque Etat. « En 1949, l’ONU a voté la résolution 154 : « tout réfugié a le droit au retour pour vivre en paix » ».

REFERENDUM

Le Groupe d’Aix, « pour lequel l’économie est seconde mais pas secondaire » et dont les documents sont sur la table des pourparlers pour évaluer le coût économique du statu quo et réfléchir à une solution à deux Etats, a produit différents scénarios et matrices en les chiffrant à chaque fois pour les négociateurs.

« Ce qui bloque, admet Ofer Bronchtein, dans les négociations, c’est la question des frontières de la vallée du Jourdain, que cette frontière soit gardée par les Palestiniens ou par une force internationale composée d’Israéliens et de Palestiniens sur la frontière israélo-jordanienne. Les Jordaniens sont les plus concernés, car une grande partie de la future frontière de l’Etat palestinien les touche. ». Les Israéliens demandant aux Palestiniens de définir l’Etat hébreu comme Etat juif. « Pourquoi nous demander à nous de vous définir à vous ? » rétorquent les Palestiniens.

Le Groupe d’Aix organisera ainsi en février une réunion pour réfléchir aux contours d’une confédération économique israélo-palestino-jordanienne.

Mais d’autres raisons poussent en faveur de la signature d’un accord, d’après les deux intervenants. Au niveau international, l’Union Européenne en pleine période d’austérité économique en tant que principal bailleur de fonds de l’Autorité Palestinienne menace de ne plus lui verser de subventions, au risque de provoquer son effondrement. Un scénario du pire qu’Israël ne saurait envisager car c’est 3 millions de Palestiniens dont elle aurait la charge de s’occuper.

Enfin du côté des patrons israéliens, une inquiétude qui monte face à l’impact économique du boycott.

Et de conclure que l’accord de paix devrait être soumis à référendum auprès des deux populations. Abbas et Netanyahu s’y sont engagés. Ce qui en facilitera l’adoption, – car constituer une majorité dans l’arc-en-ciel politique israélien est une tâche ardue. Tout en donnant la parole en direct aux populations.

 

Rémy Darras (Marseille)

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