Christian Carrère, une plume pleine d’humanité

HOMMAGE. Le journaliste nous a quitté hier.

 

Sa plume délicate, alerte et instruite, il l’avait mise chaque jour dans le journal au service de ceux qui se battent pour un monde meilleur. Notre ami et confrère Christian Carrère nous a quitté hier, nous apprend L’Humanité ce jour.

Cela faisait déjà trois ou quatre ans qu’il n’arpentait plus le cours d’Estienne d’Orves à Marseille et ne couvrait plus les luttes sociales pour La Marseillaise où il avait commencé à travailler à partir de 1999 après une carrière journalistique commencée au journal de Jaurès et des débuts comme instituteur dont il garda le sens de la pédagogie et de la précision et un goût pour l’occitan, dont il aimait tant à nous entretenir.

Connaisseur pointu de l’histoire politique et sociale de notre pays, cet homme généreux et attachant, passionnément épris de justice, n’en animait pas moins au détour d’une anecdote scandée au son de son accent chantant, d’une ritournelle et une certaine forme de gouaille toujours à-propos la salle de rédaction. Ses articles filant gracieusement et intelligemment la métaphore faisaient réagir et réfléchir, invitant à ne pas penser en rond et à prendre position, forcément. Chaque jour ses articles relataient comme un feuilleton les combats menés pas à pas de ces travailleurs, militants, syndicalistes, se prenant en main, luttant contre un patronat et un Etat souvent autistes, pour démontrer que d’autres chemins sont toujours possibles.

Conflits sociaux

Dans cette ville de Marseille belle et rebelle, résistante et bouillonnante, des quartiers populaires, des usines, du port, de l’Estaque ou de la Belle-de-Mai, qui se souvient encore des sinistres ancêtres de Ravier et Le Pen, il avait suivi au mitan des années 2000 tout particulièrement les luttes sociales des salariés de Nestlé à Saint-Menet face au géant Unilever, de la SNCM, de la réparation navale, du port, de Fralib, Moteurs Beaudoin et de tant d’autres … Dans une époque d’opposition féroce à la constitution européenne, à la directive Bolkestein, au contrat première embauche, aux « réformes » des retraites et à la privatisation rampante des services publics, ses articles n’en laissaient pas, quelqu’en soit le camp, le lecteur indifférent.

Mais cet homme que l’on voyait remonter d’un pas lent la rue de Breteuil et avec qui l’on pouvait discuter des heures avec plaisir sur les terrasses du cours, assez tôt le matin, après qu’il eut fait une lecture complète de ses deux journaux favoris, La Marseillaise et L’Humanité, et noirci les pages des jeux, était déjà affaibli physiquement.

Il n’en resta pas moins un immense journaliste doublé d’un grand humaniste portant toujours sa plume au cœur des plaies du monde du travail en fraternité assumée avec le mouvement social.

Que le modeste auteur de ces lignes lui témoigne ici de sa reconnaissance infinie et de son souvenir ému.

Salut Christian !

 

Rémy Darras

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