BAD : Jalloul Ayed veut écrire une nouvelle partition pour le secteur privé

RENCONTRE. Candidat à la présidence de la Banque Africaine de Développement, l’ancien ministre des Finances de la Tunisie de l’après printemps arabe était ce mercredi matin à Paris pour présenter sa vision et ses propositions.

 

« La musique est mal financée, la finance souvent mal inspirée, j’espère rééquilibrer les deux ». S’il est aussi compositeur de musique classique, c’est bien en tant que candidat à la présidence que le tunisien Jalloul Ayed présentait mercredi matin dans un hôtel, en face de l’Opéra de Paris justement, ses propositions pour la Banque Africaine de Développement (BAD) alors que l’élection se tiendra le 28 mai prochain à Abidjan.

Ministre des Finances des deuxième et troisième gouvernements de transition post-révolution du jasmin, l’homme formé aux Etats-Unis et qui a longtemps travaillé à Citibank et à la BMCE (Banque Marocaine du Commerce Extérieur) qu’il a privatisée croit possible pour le continent africain d’accéder à la prospérité partagée d’ici 15 à 20 ans en s’appuyant sur ce qui a été fait ces 10 dernières années.

Inégalités

Il tient à faire remarquer d’abord que si les 10 pays qui ont connu la croissance la plus élevée dans le monde sont en Afrique, ceux qui sont les plus pauvres s’y trouvent aussi. Il compte donc réduire ces inégalités en investissant dans les infrastructures, rappelant qu’il manque 50 milliards par an pour répondre aux défis d’une population qui va doubler et dont la moitié de la population africaine vivra dans les villes. Les infrastructures c’est aussi l’énergie, « on n’utilise même pas 5% de l’énergie hydraulique disponible », et « c’est aussi un facteur d’intégration régionale qui prend sa signification à travers les routes, les ports et les aéroports pour désenclaver les pays ».

Mais les infrastructures sont également douanières : « il faut faciliter les flux financiers qui peuvent accompagner l’infrastructure physique, il existe un stock de capital pour que les pays développent leurs marchés financiers ». Il évoque ainsi l’émergence du secteur privé ces dernières années et le besoin de créer de la valeur dans un tissu économique constitué à 90% de PME et de micro-entreprises. « Il faut donner un plus grand accès à ces dernières aux capitaux. Depuis la crise de 2008, si on a un projet, cela exige que l’on mette 50% de son capital ».

C’est aussi le change qui est défavorable et qui réduit à zéro les rendements ». Pour apporter un supplément d’âme à son programme économique pour la présidence du plus grande institution du continent africain, Jalloul Ayed évoque enfin un quatrième facteur en plus du capital, du travail et de la technologie : la culture et son rôle dans le développement.

Le candidat de la Tunisie passera ainsi fin mai son grand oral et espère bien recueillir l’appui des pays nord-africains (19% du capital de la BAD) et au-delà bien sûr.

 

Rémy Darras

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