BAD : Encore trop d’inégalités en Afrique pour Adesina

FOCUS. Le ministre nigérian de l’Agriculture Akinwumi Adesina, candidat à la présidence de la Banque Africaine de Développement, présentait ses 5 priorités jeudi à Paris. Il est un des 8 postulants.

 

En campagne pour la présidence de la Banque Africaine de Développement (BAD) dont l’élection se déroulera le 28 mai prochain à Abidjan, le ministre nigérian de l’agriculture Akinwumi Adesina a présenté jeudi dernier lors de son étape parisienne ses propositions à la presse.

Après avoir salué individuellement chacun des journalistes présents dans ce grand hôtel de la capitale, il a détaillé ses cinq priorités qui seront les siennes s’il est élu à la tête de la plus importante institution et du premier bailleur de fond du continent, devant le FMI et la Banque Mondiale : infrastructures, secteur privé, emploi des jeunes et des femmes, intégration régionale.

De fortes inégalités entre les pays et à l’intérieur des pays

Des priorités à la hauteur des défis que doit relever un continent devenu synonyme de très forte croissance, 6% contre 2% durant les années 90, mais aussi de fortes inégalités « entre les pays et à l’intérieur des pays » dont le candidat rappelle que 44% de la population vit dans l’extrême pauvreté. « Nous faisons face à l’exode massif du monde rural vers le monde urbain, 50% des Africains vivent aujourd’hui dans les grandes villes. Il n’y a pas l’infrastructure qu’il faut pour réagir à ce déluge, la croissance n’a pas crée d’emplois de qualité. L’Afrique souffre également beaucoup du changement climatique. 29 pays sont aujourd’hui classés comme fragiles et doivent être mieux intégrés aux pays prospères ».

Energie

Cet économiste du développement qui bénéficie de 25 ans d’expérience au niveau international et qui se dit à l’aise partout en Afrique pour y avoir travaillé dans 10 pays au niveau local, régional, national et international souhaite miser d’abord sur le financement des infrastructures et plus particulièrement de l’énergie, renouvelable en l’occurrence.

« Il y a des océans de pauvreté qui entourent des îlots de richesse »

Sortant d’un rendez-vous avec le promoteur de l’agence panafricaine d’électrification qu’il compte soutenir, l’ancien ministre Jean-Louis Borloo, le Docteur Adesina a souligné que les 164 mégawatt de production du continent équivalaient à celle d’un pays comme l’Espagne. « Je vais travailler sur les projets d’énergie transnationale pour avoir un marché régional de l’électricité, un système de réglementation et un prix accessible pour l’usager ». Le postulant compte aussi « réduire le coût de la bande passante et réaliser des investissements dans la fibre optique qui connecte villes et pays » et aussi mieux soutenir les infrastructures urbaines où « il y a des océans de pauvreté qui entourent des îlots de richesse, il faut que les centres villes deviennent des lieux de productivité ».

Secteur privé

Souhaitant s’appuyer sur le bilan du président actuel Donald Kaberuka pour le consolider, il entend aussi élargir l’assiette de soutien au secteur privé alors qu’aujourd’hui 70% de tous les investissements et 70% de l’emploi dépendent de lui. Il note que les 250 millions de dollars qui se dirigeaient en 2005 vers le secteur privé sont maintenant de l’ordre de 2,1 milliards. « C’est très important d’attirer de l’argent dans les fonds souverains, dans les fonds de pension et tout l’argent de la diaspora. Il y a 50 millions de PME en Afrique ».

Emploi et secteur rural

Le candidat s’épanche ensuite sur la question de l’emploi des jeunes et des femmes, il n’y a pas de compétences nécessaires pour le marché de l’emploi et le chômage est une question plus préoccupante encore chez les femmes.

« L’Afrique est un géant au pied d’argile, si les cours des matières premières baissent, son économie s’effondre »

C’est ensuite, pour le ministre de l’agriculture nigérian la question du secteur rural qui vient sur la table. « L’Afrique dispose de 60% de toutes les terres arables du monde pour nourrir 9 milliards de personnes d’ici 2050, il faut libérer les potentialités » note-t-il avant d’aborder son dernier chantier : l’intégration régionale « pour la prospérité partagée ». « A la BAD, je vais augmenter la taille des marchés régionaux. L’Afrique est un géant au pied d’argile, si les cours des matières premières baissent, son économie s’effondre ». Cela passe selon lui par la liaison entre pays isolés du littoral et pays côtiers, le développement d’infrastructures aériennes, maritimes. « C’est plus facile de se rendre en Europe que dans le pays voisin ». Il chiffre ainsi les besoins d’infrastructures à 95 milliards de dollars.

Interview d’Akinwumi Adesina : « La relance des économies rurales donnera de l’emploi »

 

Le candidat nigérian bilingue anglais-français au nœud papillon vert et jaune aux couleurs de son pays rappelle ses origines très modestes dans une famille qui travaillait dans les champs et entend ainsi faire de son parcours le symbole d’une Afrique qui de l’extrême pauvreté saura viser le cap du développement partagé.

 

Rémy Darras

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