Afrique : Une électrification qui s’écrit en capitales

EVENEMENT. Une trentaine de maires africains se sont réunis vendredi 17 avril à la Mairie de Paris pour répondre à un appel pour une électrification durable du continent africain en faisant part de leur constat, difficultés et des chantiers engagés.

 

En Afrique, l’énergie, c’est pour beaucoup une affaire de femmes et de maires. C’est d’ailleurs pour une grande partie des femmes maires qui se sont donné rendez-vous vendredi dernier à l’initiative d’Anne Hidalgo (aussi présidente de l’Association Internationale des Maires Francophones) qui recevait à l’Hôtel de Ville de Paris ses homologues des grandes villes africaines pour parler de l’électrification du continent. « La femme est au cœur de l’électrification du continent africain, c’est elle qui va chercher de l’eau quand il n’y a pas d’électricité, c’est elle encore qui s’occupe du vaccin dans le frigo quand celui-ci s’éteint » insiste la reine-maire de Bagangté (Cameroun) Célestine Koutcha Courtès, représentant le Réseau des Femmes Maires du Cameroun.

Financement

« La femme est au cœur de l’électrification du continent africain »

La réunion qui s’inscrivait dans le cadre des initiatives d’électrification du continent notamment menées par l’ancien ministre Jean-Louis Borloo, également présent, en vue de souscrire à la création d’une agence panafricaine d’électrification, mais aussi dans la préparation du sommet mondial (Cop21) de décembre prochain consacré au climat à Paris. L’ancien ministre souhaite réunir 200 milliards d’euros.

 

De nombreux maires, de Nouakchott, Ouagadougou, Niamey, Dakar, Pointe-Noire, Kinshasa, Thies, Tunis, Libreville, Brazzaville, Douala, etc … ont fait part de leurs expériences et des difficultés auxquelles il se confrontent ou aux efforts qui ont été consentis en dix ans par exemple à Casablanca passé de 15% en 1995 à 95% en 2005. Un modèle dont s’inspirent beaucoup d’édiles. Son maire explique que le coût de l’électrification n’est pas énorme qui ne dépasse pas les 1000 euros par foyer grâce à un système de subvention. « Sur les 1000 euros, l’Etat apporte 500 euros, la collectivité locale 250 euros échelonnés sur 5 ou 10 ans et le bénéficiaire 250 qu’il mensualise sur sept ans. L’impact est de 4 euros par mois ».

Potentiel

« On ne peut pas continuer à imaginer que ¾ des femmes subsahariennes n’aient pas accès à l’énergie qui est aussi l’accès à l’eau, à l’agriculture, à l’emploi, au développement » 

Les maires ont pour la plupart rappelé l’extraordinaire potentiel énergétique du continent, avec 12 heures de soleil par jour à Niamey par exemple, en décalage par rapport aux trop nombreuses coupures d’électricité et délestages qui sont le lot quotidien des populations africaines et au manque de moyens techniques, indiquant que si l’énergie est aujourd’hui du ressort des Etats centraux, ils sont en tant qu’acteurs locaux les principaux intermédiaires avec les populations, les services publics et les entreprises. Ils ont également souligné l’importance que devront prendre les énergies renouvelables alors que s’accélérera le rythme de l’urbanisation et la construction d’infrastructures. Le gouverneur d’Abidjan entend ainsi améliorer la part de ces énergies (éolien, solaire et biomasse) de 15% en 2020 à 30% en 2030.

Cela ne va pas sans financement. Alors que des modes de tarification seront adaptés pour permettre l’accès aux plus pauvres, – il faudrait mobiliser 40 milliards d’euros par an jusqu’à 2030. Or les fonds sont 10 fois inférieurs à cet objectif. Le maire de Libreville propose quant à lui une annulation des dettes des pays africains au profit du financement des programmes d’électrification.

« En 2009 à Copenhague, se souvient Jean-Louis Borloo, il avait été décidé de monter une organisation africaine pour un premier financement de 10 milliards par an pour l’Afrique. L’Afrique peut être totalement équipée dans 10 ans. On ne peut pas continuer à imaginer que ¾ des femmes subsahariennes n’aient pas accès à l’énergie qui est aussi l’accès à l’eau, à l’agriculture, à l’emploi, au développement ».

 

Rémy Darras

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