Afrique et France au rendez-vous d’une croissance partagée

FORUM. Initiée par Lionel Zinsou, la Fondation AfricaFrance lancée en février à Paris durant le Forum franco-africain pour la croissance partagée vise à stimuler les échanges et les opportunités d’affaires entre la France et l’Afrique en mettant en réseau sur une plateforme numérique entreprises, diasporas, villes, universités et laboratoires. Elle compte ouvrir un nouveau chapitre des relations franco-africaines fondé sur le besoin de formation et de financements.

 

« 200 entreprises marocaines ont une filiale française. On ne sait parfois plus si une entreprise est française ou africaine ». C’est parmi quatre chefs d’Etat et 500 entreprises africaines et françaises invités à Paris début février qu’est née la Fondation AfricaFrance.

Portée par le banquier d’affaires franco-béninois Lionel Zinsou, son baptême s’est déroulé lors du Forum Franco-Africain pour une croissance partagée organisé à Bercy (Ministère de l’Economie). Elle relève d’une demande de chefs d’Etat africains formulée en décembre 2013 lors du sommet Paix et Sécurité de l’Elysée. « Ce ne sera pas une administration mais un réseau social d’acteurs du développement, pas un groupement professionnel mais un réseau d’entreprises africaines et françaises » prévient-il peu avant devant des journalistes. L’objectif est d’établir des associations-relais dans chaque pays pour que des entreprises puissent répondre à d’autres entreprises et être le chaînon manquant dans l’identification des acteurs. « Nous financerons le dialogue, pas les projets ».

Formation

« Surchauffe ». C’est le mot qui vient à l’esprit de Lionel Zinsou lorsqu’il évoque les 5% annuels de croissance économique de l’Afrique en 20 ans. « La croissance africaine est forte et durable, néanmoins compte tenu des besoins d’emplois et d’infrastructures, il s’agit d’accélérer cette croissance et de faire qu’elle soit plus créatrice d’emplois ».

Inquiet quand il voit une courbe s’envoler sans que suivent forcément les ressources humaines, « il manque autant de soudeurs que d’ingénieurs », il note que le premier accent sera mis, sur la formation et sur la promotion de jeunes entrepreneurs qui ont une double exposition française et africaine, il y a 110 000 étudiants africains en France, puis sur la formation de futurs dirigeants et leaders d’opinions, la labellisation et la mise à niveau de centres de formation.

Clusters

Association financée par les cotisations des entreprises, AfricaFrance mettra en commun secteurs public et privé, collectivités et associations autour d’une dizaine de clubs sectoriels d’entreprises africaines et françaises. Donc pas de guichet, mais des animateurs de forums qui géreront la logistique des réunions sectorielles. Des premiers chantiers parmi lesquels : le numérique, la ville, un fond commun entre Danone et Mars pour investir dans l’agriculture familiale, « rien n’est plus intensif en capital que l’agriculture, qui demande un accès à l’eau ». Ou encore un « club finance » réunissant les bourses de Paris, d’Abidjan et de Casablanca. « Il faut faire progresser des marchés régionaux, c’est la demande des entreprises modernes. Que les clusters fassent avancer le plaidoyer pour l’intégration régionale ».

Choix des partenaires

Soulignant face aux critiques que « l’Afrique d’aujourd’hui a des fournisseurs, des clients et qu’elle est plus libre de ses choix et plus diversifiée dans ses partenariats », il déclare aussi que « si la France a les outils pour améliorer la qualité de la croissance africaine, l’Afrique est aussi une chance pour les entreprises françaises ».

Une chance qui amène ainsi Paris à revoir ses dispositifs à l’exportation alors que précisément le continent n’est plus considéré comme une destination à risque par ses institutions de garantie financière. Des visas en 48 heures, des financements supplémentaires (20 milliards d’investissements sur 5 ans pour l’AFD, dont un milliard pour le climat) et de nouveaux mécanismes pour attirer et soutenir des entreprises africaines qui viendront investir en France complètent les ambitions d’AfricaFrance. Alors que l’excédent commercial a doublé à un milliard d’euros, la France veut aujourd’hui jouer une nouvelle carte pour être « au rendez-vous du développement économique de l’Afrique ».

Rémy Darras

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